Artichaut la suite

Coucou!

Je me suis dit que j’allais vous partager un peu la suite d’Artichaut, depuis le temps que je dois le faire!

Alors voilà les cinq paragraphes suivants, toujours dans le premier chapitre.

Pour relire le début du chapitre 1 : https://loreleimartin.com/2018/01/27/artichaut-mon-nouveau-projet-decriture/


 

Mais lui, ce n’est pas la même chose. Parce qu’elle ne sait même pas s’il existe vraiment. Elle rêve de lui presque toutes les nuits, elle a le cœur qui bat la chamade le matin quand elle y repense, et puis toute la journée. Elle ignore d’où il est sorti, tout fait, tout prêt à lui faire perdre la tête. D’où viennent ses traits, la couleur de ses yeux. Il n’est même pas spécialement beau. Enfin pas le genre à faire tomber toutes les filles qui le rencontrent en pamoison. Elle ne se serait probablement même pas retournée elle-même dans la rue pour dire la vérité. Et pourtant, il la rend folle. Folle et heureuse, dans un sens. C’est sa bouffée d’oxygène. Cet inconnu inventé par son esprit seul et perturbé. Il est venu de nulle part et elle s’accroche à ce fantôme comme s’il était la seule bouée qui la sauverait du naufrage de sa vie. C’était bien triste. Et si elle en parlait à la moindre personne, on se poserait des questions sur son état psychiatrique. La pauvre fille, elle en est rendue à s’imaginer un petit copain, ça ne doit pas être facile pour en arriver là. Alors elle garde tout au fond d’elle, là derrière ses paupières, pour quand arrivent ces moments-là où elle peut le faire revenir. Rien que pour elle. C’est l’avantage. Un amoureux imaginaire, ça ne se fait pas draguer en cachette par les copines.

Ça lui était déjà arrivé une fois. Heureusement qu’elle comptait le quitter comme tous les autres. Mais celui-là, elle y avait presque cru. Il avait presque réussi à lui faire croire qu’on pouvait aimer sans souffrir. Il s’appelait Lucas. Elle était en cours avec lui, et puis un jour elle avait croisé son regard. Leur histoire avait duré presque cinq mois. Son record. Ce n’était pas la folle passion, de celles qui allument des feux brûlants dans le bas du ventre. Mais il était gentil, ils s’entendaient bien et il lui apportait l’épaule dont elle avait si souvent manqué. Elle avait bien remarqué parfois ses yeux brillants quand une fille plus jolie qu’elle passait devant lui. Elle ne lui disait jamais rien, les crises de jalousie, ça la fatiguait. Et puis ça ne sert à rien. C’est dans la nature des mecs de toute façon d’aller voir ailleurs. Il faut l’accepter ou se résigner à rester seul toute la vie. Une fois qu’on en était conscients, on faisait avec. Ou pas. Elle se mettait de jolies œillères pour ne pas affronter la réalité. Un soir, alors qu’ils étaient sortis avec leur bande d’amis communs, elle l’avait surpris dehors, collé à la fois au mur du bar et à l’une de ses amies les plus proches, Nina, une jolie brune un peu écervelée et pas vraiment farouche. Le soir même, il venait chercher sur sa demande les quelques affaires qu’il avait laissé dans son studio pour les soirs où il resterait. Cette humiliation, et surtout cette déception, avait été la goutte d’eau dans l’océan de ses certitudes. L’amour, ce n’était pas fait pour elle, voilà tout. Elle finirait vieille fille avec un chat collant. Elle avait vu juste car huit ans plus tard, elle avait un chat. Qui n’était pas encore collant mais qui finirait bien par le devenir en prenant de l’âge.

Rose avait fait des études de biologie. C’était sa grande passion depuis son enfance. Elle en avait passé des heures à observer les insectes, à lire des manuels sur le corps humain et ses mystères. Elle avait de grandes ambitions, elle voulait devenir quelqu’un. Faire de la recherche médicale, être utile à la société. Aider comme elle le pouvait. Ses professeurs louaient son implication et ses capacités très prometteuses. Pendant toutes ces années, elle s’était sentie bien, dans son élément, enfin. Enfin elle savait où elle avait envie d’aller. Elle s’était donnée à fond pour y arriver, jusqu’à ce qu’une méchante boule se retrouve un jour de mars dans le sein de sa maman. Ce sein qui l’avait nourri pendant presque une année complète et qui ne représentait plus que le mal désormais. Rose s’était sentie complétement perdue, et avait commencé à sécher les cours pour rester avec elle. Elle ne supportait plus de la laisser seule. L’accompagnait à chaque visite chez le médecin, à chaque examen. Son père n’était plus là, elle n’avait pas d’autres enfants pour l’aider. C’était comme ça qu’elle avait laissé tomber ses études, à quelques mois de l’examen qui lui donnerait ce diplôme pour lequel elle avait tant travaillé.  Elle se disait qu’elle reprendrait plus tard, quand sa mère irait mieux. Heureusement, la guérison fut rapide, mais elle restait fragile, et Rose n’avait jamais eu le courage de s’y remettre. Alors elle commença à travailler. Prit le premier boulot qu’elle trouva. Et plongea dans une spirale dont elle n’était jamais sortie.

Aujourd’hui, elle ouvrait la boutique avec son collègue et ami Richard. Un peu plus jeune qu’elle et profondément gentil, il n’était pas là non plus par passion absolue du métier de vendeur. Ce métier n’était à priori une vocation que pour très peu de personnes. On tombait souvent là à défaut d’autre chose, et on s’en accommodait comme on pouvait. Ou pas. Richard n’avait jamais trouvé sa voix, n’avait jamais eu d’étincelle ni d’envie pour un avenir particulier. Il vivait seul lui aussi. Avait des aventures à droite, à gauche, sans désir de fonder quoique ce soit de solide. Parfois il lui racontait ses aventures sentimentales entre deux clientes, et ça la faisait sourire. Un de plus qui n’était pas capable de rester fidèle. Mais au moins celui-là, il était drôle. C’était déjà ça.

Elle entend la demie sonner à l’église, tout proche de son appartement. Et elle ne s’est toujours pas rendormie. Est-ce que ça vaut vraiment le coup maintenant de le faire ? Elle hésite à se lever, se dit qu’elle aura le temps pour une douche plus longue ou un deuxième café. Que pour une fois, elle aura de l’avance et ne partira pas en catastrophe de chez elle. Allez, juste cinq minutes encore. Le temps de l’imaginer une dernière fois dans ses bras. Le temps de sentir les frissons de plaisir lui remonter la colonne vertébrale. Le temps d’oublier qu’elle ne l’embrassera pas ce matin au petit déjeuner, pas plus que ce soir quand il rentrera du travail. Il n’existe pas ce type, ma petite cruche, il n’existe pas. Juste dans ta tête et on ne sait par quel miracle il est arrivé là. Et voilà, elle vient d’anéantir en une seule pensée négative, tous ses efforts pour sortir du lit du bon pied.

Elle finit par se lever. Il paraît que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Il paraît. Et puis elle entend Lenny qui miaule pour qu’elle lui donne ses croquettes. Quelle plaie ce chat. Non seulement il la prive de sommeil, mais en plus il la provoque. Elle lui lance un regard qu’elle veut être incendiaire. Même si elle sait très bien que ça ne sert à rien, qu’il s’en fiche totalement, et que le lendemain, ça recommencera de la même façon. Elle le voit se lécher les babines lorsqu’elle dégaine le paquet de croquettes parfum saumon, ses préférés. Comme à chaque fois, un haut-le-cœur la submerge en ouvrant la boîte, tant l’odeur lui est pénible à supporter. Elle s’est toujours demandée comment ils pouvaient manger ça avec plaisir et appétit. Mais bon tant qu’il la laisse tranquille, elle n’en demande pas plus. Elle, elle a besoin d’un café. Ca ne fait pas longtemps qu’elle en boit, qu’elle aime ça, mais elle s’est bien rattrapée depuis. Elle ne peut pas commencer une journée sans un ou parfois même deux tasses. Elle le savoure avec délice le temps que tous ses neurones se connectent pour la journée. C’est le seul moyen de remettre ses idées en phase au réveil. Même s’il lui faut en plus beaucoup de temps pour dissiper le brouillard devant ses yeux.


 

J’attends vos retours et commentaires avec impatience!

Prenez soin de vous!

Des bisous ♥

 

Artichaut (mon nouveau projet d’écriture)

Hello!

Comment va depuis le temps?

Oui, oui…. Je sais, ça fait une éternité que je vous ai lâchement abandonnés ici… Bon, ceux qui me suivent sur Facebook ont eu des nouvelles entre temps quand même.

Bref, j’arrête de me justifier.

Si je reviens aujourd’hui c’est pour vous parler de mon nouveau projet, mon nouveau roman. Je vois déjà ceux qui attendaient la suite de #Backstage trépigner, mais ne vous en faites pas, je n’ai pas laissé tomber… J’ai juste fait une pause car je sens que je bute, et quand je bute, ben ça m’énerve. Alors pour ne pas perdre la motivation, j’ai décidé de partir sur autre chose. Non, pas non plus la saga familiale dont je vous avais déjà parlée. Je suis partie sur totalement autre chose, une idée qui m’est venue un soir où je n’arrivais pas à trouver le sommeil. Quelque chose de plus court, plus rapide à lire. Juste quelque chose pour réenclencher le truc.

Alors voilà, ça s’appellera « Artichaut ».  Bizarre hein? Mais ça n’a rien à voir avec un livre de cuisine. C’est l’histoire d’une jeune fille, Rose, et d’une de ses journées. Un chapitre par heure, douze heures. Et au bout de cette journée, quelque chose qui va bouleverser sa vie un peu banale. Voilà, tout simplement. Disséquer les émotions, la vie de personnages ordinaires, c’est ce qui m’intéresse le plus. Et d’après vos avis sur #Backstage, je crois que je m’en sors pas trop mal 😉

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Alors voilà, le but est de le publier un jour aussi, dans pas trop longtemps. Il ne fera pas plus de 200 pages celui-ci, probablement une centaine au maximum. Mais je ne manquerai pas de le partager avec vous quand même.

Et comme j’ai déjà envie de le partager, je vous livre déjà le début du premier chapitre! J’ai hâte d’avoir vos retours là-dessus!

Je vous embrasse!


Un fracas assourdissant. Avec un soupir de lassitude, Rose balance, comme tous les matins ou presque, son coussin à l’aveugle dans la chambre. Parfois elle entend un miaulement agacé et elle se dit qu’elle a visé juste. Ce matin, il n’y a rien. Aucun signe de vie de Lenny, son chaton. Celui qui la réveille tous les matins à six heures précises. Comme s’il était réglé comme une horloge maléfique. Depuis quand les chats de quatre mois savent-ils lire l’heure ? Quelle idée a–t-elle eu d’accepter un bébé du chat de sa meilleure copine. Elle a su l’amadouer, comme d’habitude. Lui a vanté la mignonnerie du petit animal qui se collerait à elle sous le plaid. A défaut d’avoir un petit ami. Ça fait donc un mois que Lenny avait investi son appartement. Un mois qu’elle esquive ses coups de griffe quand il veut jouer, qu’elle retrouve ses tasses préférées en mille morceaux sur le carrelage, parce que les pauvres se trouvent malheureusement sur le trajet de sa course poursuite avec une mouche. Un mois qu’elle est réveillée tous les matins de manière désagréable. On lui dit « ça va passer ! Un peu de patience, c’est un bébé ». Alors elle acquiesce, en se forçant à sourire, comme toujours.  Ce matin donc, elle ne sait pas où il s’est planqué après sa bêtise. Elle verra ça plus tard. Le réveil, le vrai, est programmé pour sept heures. Même si elle doute beaucoup sur un rendormissement éventuel, elle n’a pas le courage de sortir du lit pour l’instant. C’est sûrement psychologique. Se lever avant le soleil, ce n’est vraiment pas son truc. Traîner au lit jusqu’à ce qu’elle soit obligée d’en sortir, c’est pour elle le meilleur moyen de commencer une bonne journée.

Et puis comme ça, elle peut prendre le temps de penser à lui.  Sous sa couette, bien blottie dans la montagne de coussins qui garnit le matelas, elle ferme les yeux très fort. Alors, tranquillement, elle choisit un scénario dans la liste de ceux qu’elle s’écrit tous les jours. Il ne lui faut pas beaucoup de temps pour le voir apparaître sous ses paupières. Avec en même temps des papillons plein le ventre et un sourire niais sur le visage. Parfois, c’est intense et brûlant. Parfois, c’est plus tendre. Mais tant qu’il est là, quelque part avec elle, ça lui suffit. Il y a des scènes qu’on pourrait facilement interdire aux moins de 18 ans dans les histoires qu’elle imagine. Rose essaie de se concentrer sur le moment, sur ce qui se déroule dans son esprit et qui finit toujours bien. Loin de sa petite vie banale où rien ne se passe. Et lorsqu’elle n’a plus d’autre choix que de repousser les draps d’un coup de pied fatigué, parce qu’il est l’heure de se bouger, elle se lève en soupirant car elle n’a jamais eu le temps d’arriver au bout de ce qu’elle espérait voir dans ses rêves. Elle se dit qu’elle continuera le lendemain là où elle a dû s’arrêter. Ou alors au travail, si elle a le temps de faire une pause. Depuis qu’elle a arrêté de fumer, elle n’a plus le droit de prendre un quart d’heure pour s’intoxiquer un peu. Elle voit ses collègues rire dehors depuis la caisse où elle voit défiler ses clients. Elle a déjà failli reprendre dix fois tellement elle trouvait ça injuste. Et puis elle se rappelle que sa maman était si heureuse qu’elle se débarrasse de cette addiction. Elle ne veut pas la décevoir, en aucun cas. Elle a déjà tellement l’impression d’avoir raté sa vie. Au moins elle peut se dire qu’elle a réussi là où tant d’autres échouent. Et que c’est déjà pas mal.

Elle s’appelle Rose. Mais en vrai, c’est Rosalie. Plus personne ne l’appelle comme ça depuis que son père est parti l’année de ses quatorze ans. Il n’y a que pour l’administration qu’elle est Rosalie Lebreton. Et ça lui picote dans le dos quand elle entend ça. Mademoiselle Lebreton, âgée de vingt-huit ans et quatre mois. Vendeuse dans une boutique de prêt-à-porter pour adolescentes. Fille unique et un peu dépitée de l’être. Mais ses parents n’ont jamais voulu renouveler l’expérience de la parentalité après sa naissance. Elle a toujours pris ça comme une attaque personnelle, comme si elle les avait dégoûtés de tout ça. Ça a été difficile à vivre pendant son enfance. Vers ses dix ans, leur relation de couple s’était complétement dégradée. Certains soirs, son père ne rentrait même pas dormir à la maison. Elle était encore bien trop jeune et innocente pour avoir une petite idée de où il pouvait se trouver. C’est bien plus tard, quand il avait fait ses valises pour la retrouver, qu’elle avait compris qu’il en aimait une autre. Ce jour-là, il était parti sans se retourner, comme un voleur, sans même un dernier regard pour elle, sa propre fille. Alors elle l’avait rayé de sa vie, comme lui. Elle faisait la fière devant les gens, mais pour elle il était mort. Et la cicatrice qu’il a laissée au fond d’elle ne s’ est jamais refermée complétement. Quand elle entend dire « Ah les papas avec leur petite fille, c’est quelque chose », elle serre les poings, ne répond rien et refoule les larmes qui menacent de sortir de ses yeux. Sa mère n’en parle jamais non plus, c’est comme s’il n’avait jamais existé. Et c’est certainement mieux comme ça. Elles ont fait front ensemble, ensemble contre le monde entier, comme dans la chanson. Depuis elle se méfie des hommes. Forcément. Les quelques petites histoires qu’elle a connues, n’ont pas été très concluantes. Par sa faute à chaque fois. Lorsqu’elle sentait qu’elle commençait à s’attacher un peu trop, elle s’en allait. Avant d’être quittée, car ça arriverait un jour, c’était obligé. Et elle souffrirait beaucoup trop. Donc non.